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Les cimetières protestants de Montpellier

Au début de la Réforme à Montpellier, les adeptes de la nouvelle religion étaient inhumés dans les mêmes cimetières que les catholiques. Mais en 1565, la hiérarchie catholique obtint du gouverneur du Languedoc, Henri de Montmorency, une décision interdisant aux Réformés l’usage des cimetières communs.

Le premier cimetière protestant ( 1565-1624 )

En 1565, le gentilhomme huguenot, François des Urcières de Gaudette fit don à la communauté réformée d’un champ pour servir de lieu de sépulture à ses coreligionnaires. Ce premier cimetière était situé hors les murs, au niveau du bastion de la reine de la citadelle (où se trouve actuellement le Centre Régional de Documentation Pédagogique) ; il s’étendait sur une partie du Polygone et allait de l’autre côté, jusqu’au champ de Mars (proche de l’Office du Tourisme).

Ce cimetière, gravement endommagé pendant le siège de 1622, fut supprimé en 1624 lors de la construction de la citadelle par Louis XIII.

Le deuxième cimetière protestant ( 1632-1685 )

En application de l’édit de Nantes et sur injonction de la chambre de l’édit de Castres, les consuls de la ville durent acheter en 1632 plusieurs jardins en vue d’y établir une nécropole pour les protestants. Ce nouveau cimetière devait se situer sur un terrain allant de l’actuel temple de la rue Maguelone jusqu’à la rue d’Obilion. En 1936, à l’occasion de travaux d’urbanisme, on a exhumé dans ce quartier des stèles funéraires qui se trouvent aujourd’hui dans les collections du musée languedocien (7 rue Jacques Cœur). De même, en 1999, lors des travaux de construction de la ligne n°1 du tramway, on a retrouvé des ossements rue Maguelone à hauteur du temple, rappelant sans doute l’existence de ce même cimetière.

En 1678, le roi Louis XIV, par lettres patentes, ordonne la création à Montpellier d’un hôpital général. Le financement de cet hôpital devait se faire par attribution de tous les biens qui appartenaient à ceux qui lui étaient rattachés ainsi que les aumônes dont étaient chargés les ecclésiastiques. Se basant sur ces dispositions, les administrateurs de l’hôpital général réclamèrent les biens du consistoire, et après plusieurs procès et plusieurs appels, ils prirent possession du terrain du cimetière en 1685.

A partir de cette date et pendant plus d’un siècle, les protestants durent ensevelir leurs morts clandestinement dans des propriétés privées.

En 1787, l’édit de tolérance prévoit dans son article 27, que les maires et autres administrateurs de ville étaient tenus de destiner aux non catholiques pour leur inhumation « un terrain convenable et décent… à l’abri de toute insulte ».

Le troisième cimetière protestant (1789-1799)

Fort de cet édit, les protestants réclamèrent à la ville l’achat d’un terrain. En 1789, un terrain de 3600 m_ situé entre le chemin des Molières ( la rue Chaptal ) et l’avenue de Toulouse ( l’avenue Georges Clémenceau ), fut acquis pour moitié par la ville, l’autre moitié par des paroissiens servant de prête-nom au consistoire. La commune, pour faire des économies, avait prévu de construire le mur de clôture à une hauteur de 10 pieds ( 3,25 m ), mais les protestants réclamèrent en demandant « qu’il soit élevé à la hauteur que l’on a donné aux cimetières des paroisses de Saint-Pierre et de Saint-Denis », ajoutant que c’était « d’absolue nécessité, les Ecoles de Médecine et de Chirurgie occasionnant fréquemment l’enlèvement des cadavres et laisser les murs des non catholiques à une hauteur moindre que celle des autres, c’est exposer le premier à être préférablement insulté… ». Finalement, la hauteur du mur fut portée à 15 pieds ( 4,87 m ).

En 1793, la Convention déclara les biens communaux comme « biens nationaux ». L’autre moitié du terrain fut vendue en 1799.

De nouveau les protestants durent inhumer leurs morts dans des propriétés privées ou dans le cimetière commun de l’hôpital général situé entre le Verdanson et l’actuel boulevard Pasteur. Ce dernier cimetière fermera en 1849 au moment de la mise en service du cimetière Saint-Lazare.

Quatrième et actuel cimetière protestant à Montpellier

La loi du 8 avril 1802 promulgua les articles organiques du culte catholique et des cultes protestants.

Le décret sur les sépultures fut signé le 12 juin 1804.

En 1809, après 5 ans de démarches administratives, la ville achète le « Champ Jaoul » de 3500 m2, situé en face de la fontaine de Lattes, bordé au Sud par le ruisseau des Aiguerelles, et engage ainsi la création du cimetière actuel par une première tranche de 2500 m2. (Voir, ci-joint, le plan des terrains).

Sans attendre que les travaux ne soient engagés, la première inhumation est enregistrée le 20-11-1809, celle de Marguerite BOUVIER décédée la veille.

– En 1811, l’aménagement du cimetière est terminé dans le courant du mois d’octobre.

– En 1817, les inhumations commencent, uniquement dans des concessions attribuées à perpétuité.

– En 1824, par un premier agrandissement le cimetière s’étend sur la totalité du terrain Jaoul.

– En 1856, le consistoire, par souscription auprès des membres de la communauté réformée, achète le « Jardin Chamayou » d’environ un hectare, situé de l’autre côté du ruisseau des Aiguerelles. Simultanément des travaux sont entrepris pour recouvrir ce ruisseau par une voûte de maçonnerie sur tout son parcours. Mais la Mairie, qui a approuvé ce projet, se réserve le droit de propriété sur le ruisseau des Aiguerelles et son emprise. Aujourd’hui, le ruisseau des Aiguerelles a été remplacé par un égout qui passe sous l’allée centrale du cimetière. Une plaque gravée, scellée sur l’intérieur du mur de clôture du boulevard d’Orient, rappelle l’axe de son passage et de sa sortie à 1 mètre sous terre.

– En 1880, grâce au recalibrage de l’avenue de Palavas, le cimetière s’agrandit de 1121 m2 cédés gratuitement par la ville. La communauté protestante prend à sa charge le mur, l’édification du portail actuel, avec son bandeau découpé CIMETIERE PROTESTANT, et la construction de la chapelle.

– En 1890, le Conseil Presbytéral adopte, dans sa séance du 3 avril, le principe de réserver et de créer un emplacement exclusif à la sépulture des militaires protestants. Un carré de 9 places est aussitôt attribué, et ensuite il sera agrandi. Une souscription fut alors ouverte parmi les membres des deux associations cultuelles pour l’érection, au CARRÉ MILITAIRE, d’un MONUMENT AUX MORTS protestants de la GRANDE GUERRE. L’inauguration en grande pompe se déroula le 1er novembre 1921.

Depuis cette date, chaque année le 2 novembre une cérémonie militaire est organisée, par le Souvenir Français, en mémoire du sacrifice de nos morts, morts aussi pour préserver notre foi et notre liberté. Cette cérémonie, ouverte aux membres de l’église, témoigne d’une partie de notre histoire commune.

– En 1923, un alignement sur le boulevard d’Orient fait gagner 100 m2, payés 800 F à la municipalité.

– En 1950, seulement 22 concessions trentenaires sont attribuées contre 733 à perpétuité.

– En 1979, par décret du 8 août, le Cimetière est attribué à l’ACERM, 1 rue Brueys à Montpellier.

Après la dernière guerre, la diminution du nombre de places disponibles inquiète les responsables qui limitent l’attribution de concessions perpétuelles au profit des trentenaires, et de ce fait les recettes baissent. C’est probablement la naissance de cette rumeur persistante:  » le cimetière n’a plus de place ».

La période 1979-1981 témoigne d’une gestion transitoire où s’accumulent d’énormes difficultés:

- fin des emplacements disponibles pour créer de nouvelles concessions,
- difficultés financières grandissantes,
- démission des membres de la commission,
- désignation d’un administrateur provisoire,
- départ à la retraite de l’ancien gardien,
- décision de percevoir une contribution annuelle obligatoire,
- aménagements de nouvelles concessions en secteurs L, et suivants,
- réduction de la superficie du « terrain commun »,
- engagement d’une procédure légale avec procès verbal d’abandon et de reprise,
- réfection des plans du cadastre et numérotation des secteurs du cimetière,
- numérotation de chaque concession avec identification sur fiche manuscrite,
- refonte du règlement intérieur et proposition d’un nouveau texte à l’Eglise,
- étude du plan municipal proposé pour l’alignement du boulevard d’Orient.

 » L’Assemblée Générale de l’ERM, réunie le 28 février 1982, constatant les premiers résultats obtenus au sujet de l’équilibre budgétaire du cimetière, et les considérant encourageants, décide :
– a) de conserver la propriété et la gestion du cimetière,
– b) de poursuivre l’expérience d’un auto-financement du cimetière,
– c) d’établir une contribution obligatoire, à titre de participation aux charges générales d’entretien. Cette contribution sera versée tous les ans au moment de la Toussaint, et le taux sera modulé selon la superficie occupée par chaque concession.
d) de charger la commission du cimetière de mettre en œuvre la procédure légale de reprise des concessions à l’abandon,
e) de poursuivre les négociations avec la municipalité à propos de l’alignement du boulevard d’Orient et du réaménagement du jardin.

Immédiatement, ces décisions engendreront des résultats positifs, et la situation budgétaire deviendra plus claire, au point de ne plus mettre en péril les propres finances de l’église. Toutes les difficultés ne sont pas, pour autant, effacées, mais la nouvelle commission s’active à leur trouver des réponses.

En 1982, l’église et le cimetière lancent une procédure de reprise sur 252 concessions à l’abandon, et après le délai légal pour publications et affichage, un procès-verbal est contre-signé le 27 mars 1986 par le Commissaire de Police de Montpellier, entérinant la reprise de 232 concessions à perpétuité.

En 1985, un gardien est salarié à temps plein et logé par le cimetière (appartement à rénover).

En 1994, la saisie informatique est sous-traitée à l’AFP, qui mettra une année pour faire recopier les informations manuscrites des fiches individuelles dans une base de données adaptable et ouverte.

En 1999, l’alignement du boulevard d’Orient impose la destruction du garage, et en contre-partie la ville finance le gros œuvre du bureau d’accueil. Le cimetière termine son aménagement intérieur.

En 2004, tel qu’il se présente aujourd’hui, le cimetière a la forme d’un triangle d’une superficie d’un hectare et demi, ayant pour côtés: l’avenue de Palavas, la rue du Cimetière des Protestants (ancienne rue des Aiguerelles) et le boulevard d’Orient. Les murs de clôture sont très variables, le plus haut mesure 3,10 m, et le plus bas est à 1,65 m.
C’est d’ailleurs en ce dernier point que les vandales trouvent un accès beaucoup trop facile pour enjamber, s’amuser à l’intérieur, saccager, voler et ressortir tranquillement, sans être ennuyés.

Le recensement 2004, toujours en cours, à permis d’identifier 1472 concessions au total, de les repérer par secteur dans le cimetière, d’inscrire chacune sur un état informatique pour mieux les gérer et les suivre dans le temps. Au fil des années, très souvent les familles s’éteignent ou disparaissent, et dans ce cas les concessions entrent dans une procédure légale d’abandon ou de rétrocession à l’église.
Aujourd’hui, l’Église devrait disposer d’environ 600 concessions qui lui appartiennent de plein droit.

En 2004, le patrimoine, des 1472 concessions, est différencié en plusieurs catégories, à savoir :

35 secteurs, y compris le Carré Militaire et le Terrain Commun N(A),
12 tombes du Souvenir Français dans le Carré Militaire,
37 fosses libres, dont 13 dans le secteur M et 22 dans le Terrain Commun N(A),
75 tombes dites « historiques » pour 93 notabilités inhumées,
107 monuments à protéger, dont 9 chapelles et un caveau d’attente,
1 premier « columbarium » collectif, avec 6 urnes sur étagères,
1 « Jardin du Souvenir » (en projet) clôturé pour la répartition des cendres,
750 concessions dites « en activité régulière » avec ayants droit ou titulaires payeurs,
600 concessions en cours de reprise ou qui appartiendraient déjà à l’ACERM.

Quant à lui, l’espace boisé est quasiment abandonné. Il compte 311 arbres avec une vingtaine de micocouliers à feuilles caduques, dont on dit qu'ils furent « semés naturellement » par les pigeons… À l’approche du bi-centenaire du cimetière, un programme de réhabilitation et de rajeunissement des arbres est à l’étude. Ce projet traitera des aspects de sécurité, d’assurance et d’entretien du parc boisé.

Tel qu’il est, avec son histoire, avec ses pierres et ses noms gravés sur les dalles, avec ses acanthes somptueuses et ses gros troncs qui sortent des tombes, notre cimetière appartient à un passé lointain, mais certainement un lieu proche au regard du souvenir que nous laissent les anciens, au travers d’un témoignage silencieux et digne de ténacité et de souffrances éprouvées au bénéfice d’une liberté de conscience, de FOI et d’AMOUR, et le tout, pour assurer à leurs morts une sépulture convenable.

Si parfois il vous arrive d’être déprimés, prenez le temps d’une visite, en parcourant les allées sous de grands cyprès, ou même en choisissant des passages moins faciles. Tout y incite au recueillement, à la méditation, à l’élévation de l’âme; c’est un haut lieu où l’Amour vertical et honrizontal ne peuvent pas nous échapper. C’est un lieu vivant, vivant de son témoignage.

Souhaitons que nos générations sachent mettre en commun, à l’exemple des précédentes, un peu de notre bien pour préserver la FOI et le TÉMOIGNAGE qui nous sont transmis par ce vieux cimetière.

N’oubliez pas la cérémonie du 2 novembre, chaque année c’est un devoir de mémoire … protestant.

Note 1 : La fontaine de Lattes et le ruisseau des Aiguerelles

La très ancienne fontaine de Lattes était située approximativement en face de l’entrée principale du cimetière. Elle vit son utilité diminuer après la mise en service de l’aqueduc Saint-Clément en 1765. Elle cessa alors d’être entretenue et ses derniers vestiges ont disparu en 1880 au moment de l’élargissement de l’avenue de Palavas.

De nos jours, le ruisseau des Aiguerelles a été remplacé par un égout qui passe sous l’allée centrale du cimetière.

Note 2 : Personnalités inhumées dans ce cimetière :

• Daniel Encontre (1762-1818), premier doyen de la Faculté des Sciences et maître d’Auguste Comte.
• Pierre Martin de Choisy (1756-1819), magistrat et poète .
• Général Jacques David de Campredon (1761-1837), son nom est gravé sur l’Arc de Triomphe à Paris .
• Albin Parlier (1801- 1857) maire de Montpellier de 1844 à 1846.
• Frédéric Bazille (1841-1870) peintre ( buste en pierre de l’artiste ) .
• Jules Pagezy (1802-1882), maire de Montpellier de 1852 à 1869, député et sénateur .
• Général François Perrier (1833-1888), chef du service géographique de l’Armée (Académie des Sciences.
• Jules Planchon (1823-1888) découvreur du phylloxéra, directeur de l’École Supérieure de Pharmacie et du Jardin des Plantes (Académie des Sciences) .
• Gustave Chancel (1822-1890), recteur de l’Académie de Montpellier.
• Alfred Castan (1835-1891), doyen à la Faculté de Médecine et beau-père du peintre Max Leenhardt.
Émile Diacon (1827-1893), directeur de l’Ecole Supérieure de Pharmacie .
• Paul de Rouville (1823-1907), doyen de la Faculté des Sciences .
• Jean-Baptiste Bénézech (1852-1909), député de l’Hérault .
• Armand Sabatier (1834-1911), doyen de le Faculté des Sciences et fondateur de la station de biologie marine de Sète.
• Marius Carrieu ( 1851-1919 ), professeur à la Faculté de Médecine.
Émile Bertin-Sans ( 1832-1924 ), professeur à la Faculté de Médecine .
• Henri Fonzes-Diacon ( 1868-1935 ), doyen de la Faculté de Pharmacie .
• Samuel Dautheville ( 1849-1940 ), doyen de la Faculté des Sciences de 1904 à 1921 .
Albert Leenhardt ( 1864-1941 ), historien de Montpellier et sa région .
• Charles Warnery ( 1858-1942 ), président de l’union départementale des Sociétés Mutualistes de l’Hérault et fondateur de la clinique mutualiste « Beau Soleil ».
• Major Georges Flandre (1899-1944) officier de l’Armée du Salut, chef de la Résistance pour les Bouches du Rhône, fusillé par les Allemands .
• Gaston Giraud (1888-1975), doyen de la Faculté de Médecine, (Académie des Sciences).
• Jeanne Galzy (1883-1977), professeur de français et écrivain, prix Fémina en 1923 .
• Jean Cadier (1898-1981) résistant et doyen de la Faculté de Théologie.

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Protestantisme et mémoire
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